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Lundi 28 Janvier 2013

Le numérique fait-il perdre des emplois ?

C’est l’une des thèses développées par le réseau de recherche européen Meta-Net.

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En matière de création d’emplois, le diable se niche dans les détails, et en l’occurrence, dans le développement actuel des technologies du numérique. C’est la thèse développée par Meta-net, un réseau d’excellence européen (200 chercheurs, une cinquantaine de laboratoires), financé par la Commission européenne : sans visibilité et sans présence sur ce type de technologie, la compétitivité en pâtit, mais aussi la souveraineté, la créativité et les marges de manœuvre d’un pays. Concrètement, cela signifie que ces langues se trouvent exclues des correcteurs orthographiques et grammaticaux, des assistants personnels interactifs, des systèmes de dialogue par téléphone, des outils de traduction automatique, des moteurs de recherche sur le web, des synthétiseurs vocaux des GPS. Sans aucun soutien ni investissement dans ce développement, ces langues se trouvent menacées d’« extinction numérique » selon les termes forts d’une étude de ce réseau proposée sous Livres blancs.

La France, avec ses 220 millions de locuteurs de par le monde, et ses 100 millions d’apprenants, se trouverait-elle à terme menacée ? Cela semble difficile à croire. Et pourtant, la présence du français dans les technologies de la langue est qualifiée de « moyenne » par ces chercheurs – dont le CNRS pour la France. Et nous ne sommes pas les seuls. « Moyens » également l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas. D’autres langues nationales européennes se trouveraient en bien plus mauvaise posture : l’irlandais, l’islandais, le letton le lituanien  et le maltais y sont moins présents que par exemple le basque, le breton ou le catalan. Le paradoxe s’est installé avec l’essor de technologies numériques de la langue. Celles-ci facilitent la production et la consultation de contenus, et constituent un formidable creuset des connaissances. Mais les chercheurs de Meta-Net ont fait leurs comptes : Wikipedia existe dans 300 langues (nationales et régionales), Facebook dans 80, et Twitter dans une vingtaine. Google Translate permet la traduction d’une soixantaine de langues – dont une vingtaine de supports vocaux. D’autres systèmes de traduction vocale existent tels que Apple Siri (4 langues) et Jibbigo (une dizaine). En apparence, un foisonnement de technologie traductrice, mais par rapport à la diversité linguistique, seulement une soixantaine de langues effectivement parlées dans le monde en 2013, soit 1 %.

Négliger sa langue sur le numérique, c’est négliger sa compétitivité

La faiblesse est particulière à chaque pays. Pour Meta-net, la France pâtit de la faiblesse de son tissu industriel, ainsi que de l’absence d’investissement des grandes entreprises sur le sujet de leur langue diffusée. Or, estime le réseau Meta-Net, « aucun grand groupe industriel ne mettra le multilinguisme au premier rang de ses priorités, que ce soit dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, des télécommunications, de l’électronique grand public, de l’informatique, du médical ou de l’audiovisuel. Mais chacun de ces secteurs en a besoin à divers titres, et c’est la somme de ces petites priorités qui est, elle, très importante, et fait du multilinguisme une priorité majeure. Mais qui va la calculer ? » Ce qui est vrai pour un seul pays de l’Union Européenne l’est encore plus pour l’Union elle-même qui n’a aucune démarche coordonnée sur cette question cruciale, regrette encore l’étude.

Le manque d’investissements nationaux dans cette ruée technologique est patent sur le moyen terme. Le « globish » ou l’anglais des affaires s’est puissamment diffusé dans le contenu, mais maîtrise également les technologies de la langue. « Peut-on accepter que, dans le meilleur des cas, ces technologies nous soient fournies par des entreprises américaines au prix d’une gratuité qui pourrait un jour nous coûter très cher du fait de la perte de notre indépendance et de notre souveraineté ? » questionne l’étude communautaire. A ce rythme numérique, sur les quelques 6 500 langues en usage dans le monde, la moitié aura disparu d’ici à la fin du siècle. Et sans doute un nombre sensible d’emplois empêché par un rétrécissement de l’influence de la langue dans les métiers notamment de transaction et de communication.

Emmanuel Lemieux – Lesinfluences.fr
 
Télécharger gratuitement les Livres blancs, notamment « La langue française à l’ère du numérique », Sld de Joseph Mariani, Patrick Paroubek, Gil Francopoulo, Aurélien Max, François Ivon et Pierre Zweigenbaum.

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