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Mardi 29 Janvier 2013

Une jeunesse « Neet »

Le nouvel acronyme européen des millions de jeunes sans travail ni formation. La Commission européenne propose un plan d’action pour remédier aux dégâts du chômage des moins de 25 ans.

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Il existe une réelle Europe du chômage. Et parmi les plus gros bataillons, les jeunes sont particulièrement touchés, de 5,5 % en Autriche à 39,4 % au Portugal en passant par 25,5 % en France. En octobre 2012,  5,678 millions de jeunes Européens de moins de 25 ans (hors étudiants) recherchaient un emploi sur le vieux continent. Ce qui représente 23,4 % d’une cohorte d’âge, ou plus exactement représenterait, car ils seraient bien plus nombreux encore.
 
La Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et du travail (Eurofond), organisme de l’UE, a mené une étude sur les jeunes qui se démotivent, décrochent de la formation professionnelle ou de la recherche d’emploi et un peu, du sentiment même de citoyenneté. Or ce groupe-là de jeunes, selon l’étude menée par Massimiliano Mascherini, ne se déclare pas aux statistiques. Invisibles, hors radar, on les appelle les « Neet » : Not in Education, Employment or Training.Les « décrocheurs  » du milieu scolaire en version française. Selon l’étude qui s’est basée sur les seules dépenses liées aux prestations sociales, ces jeunes Neet auraient coûté en 2011, près de 153 milliards d’euros aux Etats membres contre 119 milliards en 2008.
 
En août dernier, dans une très relative indifférence il faut bien le dire, des intellectuels néerlandais avaient élaboré un appel solennel et pro-européen pour presser les dirigeants du vieux continent à se remuer pour contrer les ravages du chômage sur tous les jeunes de la Communauté. « Une génération perdue » lâche crûment nombre d’experts et spécialistes de l’emploi. « Paquet emploi jeune » a riposté, le 5 décembre 2012, dans cette expression peu élégante, la Commission européenne. De nouvelles mesures vont être progressivement mises en place, promet cette dernière. Elles sont essentiellement destinées à répondre à l’exclusion sociale. Levier d’action : dans les quatre mois qui suit sa sortie du système scolaire ou de sa perte d’emploi, un jeune devrait se voir proposer « une offre de qualité lui permettant de trouver un travail, de suivre une formation ou de reprendre des études ». Pour cela, il est premièrement suggéré aux Etats membres d’utiliser « davantage » les ressources du Fonds social européen (FSE) et des autres fonds structurels. C’est que reconnaissait la Commission, le mois dernier, 30 milliards du budget 2007-2013 n’avaient toujours pas été affectés. Ainsi en France, le FSE a soutenu 8 576 projets au 21 janvier incluant des créations d’activités et d’emploi (19 % du montant, 7 199 516 €), mais aussi des subventions pour des projets innovants, de développement durable et de TIC (Technologies de l’information et de la communication), des formations (7,1 %), des programmes dit d’inclusion sociale (10,9 %), des projets de développement durable. La Commission veut également améliorer les ressources de la formation avec « 1,3 million d'euros d'assistance technique du FSE affectés à la mise en place de programmes d’apprentissage, et un objectif de 370 000 nouvelles places d’apprentissage d’ici à la fin 2013 ».  Dans cette perspective, les pays de l'UE ont été invités à contribuer à une augmentation de 10 % de leur financement. A cela s’ajoute aussi 3 millions d'euros d'assistance technique du FSE en faveur des jeunes créateurs d'entreprise.

Marché du travail 2020 : « 35 % des emplois européens qui seront créés requerront des qualifications de haut niveau et 50 % des qualifications de niveau intermédiaire »

Ce chapelet de bonnes intentions relève du développement d’un programme intitulé « Jeunesse en mouvement », un plan d’action pour l’éducation et l’emploi, lancé en 2010. A l’époque, un membre de la Commission chargé de l'emploi, des affaires sociales et de l'inclusion, M. László Andor, avait déclaré : «Trouver un emploi constitue la principale préoccupation de millions de jeunes Européens. L'initiative "Jeunesse en mouvement" donnera un nouvel élan aux mesures d'aide en faveur des jeunes aux niveaux européen et national, afin que ceux-ci puissent trouver un emploi, gagner leur vie et faire des projets.» L’initiative s’est fixé le but de ramener le taux d’abandon scolaire de 15 à 10 % d’ici 2020, et augmenter le pourcentage de titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur (ou d’un titre équivalent) de 31 % « à au moins 40 % ». Très volontaire, le programme « Jeunesse en mouvement » souhaite aider les Etats membres à atteindre un grand objectif de l’Union, soit atteindre un « taux d’emploi de 75 % » toujours dans les dix années à venir. Comment ? « En contribuant à doter les jeunes des compétences que requerront les emplois de demain ». Les études européennes disponibles indiquent  que d'ici à 2020, « 35 % des emplois qui seront créés requerront des qualifications de haut niveau et 50 % des qualifications de niveau intermédiaire ». Un autre levier d’intervention possible pour l’emploi au niveau européen serait de favoriser la mobilité intra-européenne. « 40 % des employeurs accordent de l'importance à l'expérience acquise dans le cadre d'études ou d'un emploi à l'étranger, lesquels permettent aux jeunes non seulement d'améliorer leurs compétences linguistiques, mais aussi d'acquérir d'autres compétences très prisées » martèle la Commission.

La panoplie paraît conséquente, inventive, mais l’usager profane s’y perd quelque peu avec les digicodes bureaucratiques innombrables et une sous-information manifeste. « Ces défis appellent une action concertée ainsi qu'une bonne coordination des politiques afin de définir les mesures à mettre en œuvre au niveau de l'UE et dans les États membres » admettait en décembre la Commission. Faute de quoi, les intentions les plus louables mais performatives resteront à l’état de méthode européenne du bon Docteur Coué.

Emmanuel LemieuxLesinfluences.fr

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