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Mercredi 13 Février 2013

Un futur miel d’emplois

Ambitieux : un plan de soutien du ministère de l’Agriculture veut relancer et développer durablement la filière apicole française.

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Sauver les abeilles et les apiculteurs ! Le « Plan pour le développement durable de l’apiculture » sur la période 2013-2015 a été rendu public vendredi 8 février.« L’ambition de ce plan est de faire de la France l’un des grands pays apicoles de l’Union européenne alors que chaque année la France importe 25 500 tonnes de miel sur les 40 000 consommées. Ce plan vise également à développer le cheptel apicole dans un contexte de fragilité généralisée des colonies d’abeilles », a expliqué le ministre Stéphane Le Foll. La prise de conscience d’une apiculture mal en point remonte à quelques années déjà. La France pourrait être un Eden apicole de l’Europe, servie par la diversité de son climat et de sa géographie, mais entre 2004 et 2010, le nombre de petites exploitations (30 ruches)  a chuté de 20 % et  celui des gros élevages (300 ruches) de 12 % , la production de miel a fondu de 28 % et 4 500 professionnels chaque année ont cessé leur activité. De fait, l’apiculture peu ou mal organisée s’est longtemps retrouvée à l’écart d’aides et de financement. De ce point de vue, 2013 marque un tournant de la profession.

Des filières de formation et une enveloppe de 40 millions d’euros

Actuellement la France compte 40 000 apiculteurs, dont la moyenne d’âge tourne autour de 45 ans. 91 % d’entre-eux sont des producteurs familiaux (1 à 30 ruches), 5 %sont des pluriactifs (31 à 150 ruches) et 4 %sont établis en tant qu'apiculteurs professionnels (plus de 150 ruches). Un producteur de miel sur deux pratique la vente directe. Les apiculteurs professionnels produisent deux  tiers du miel français.
 
« Mieux former les apiculteurs et les personnes travaillant dans le domaine
de l’apiculture »  va devenir un crédo. Une enveloppe de 40 millions d’euros est débloquée cette année pour la formation initiale et celle de techniciens spécialisés. Jusqu’alors les lycées agricoles ignoraient superbement ce type de métier. « L’absence de formations spécialisées (à l’exception de brevets professionnels de responsables d’exploitation agricoles (BPREA) dispensées en CFPPA) gêne considérablement les possibilités d’installation, notamment des jeunes, dans un métier complexe et technique. Cet état de fait rend difficile le recrutement de personnel ayant un socle de connaissances minimal sur le sujet dans les organismes d’encadrement et de soutien à l’agriculture (chambres départementale ou régionale d’agriculture, organismes sanitaires) », insistait un rapport du ministère de l’Agriculture en 2012.
 
Jusqu’alors, seules les associations d’apiculteurs bricolaient des programmes de formation continue dans un contexte de baisse de subventions. Mais le plan de développement permet la création d’une formation de technicien en productions végétales – option apiculture grâce notamment à l’utilisation des modules d’intérêt local (MIL) et des possibilités offertes par l’apprentissage. (la région Pays de Loire est pionnière). « Cette formation pourrait bénéficier à la fois aux apiculteurs désirant s’installer et aux techniciens travaillant dans les organismes apicoles et les chambres d’agriculture » indique encore le ministère de l’agriculture.
 
C’est que désormais, il s’agit d’inciter plusieurs milliers de jeunes à se professionnaliser et à se lancer dans le secteur de l’élevage d’abeilles. La visée est  d’installer un million de colonies d’abeilles supplémentaires en France.
 

Rendre visibles et cohérentes les informations sur les métiers et le secteur du miel
 
Seconde mesure :les nouveaux apiculteurs sont encouragés, des investissements viseront à développer la production, la transformation et la commercialisation de miel et de produits associés. Là aussi, des efforts particuliers sont à fournir.
 
« Les données économiques de l’exploitation apicole sont manquantes, il est donc aujourd’hui très difficile de conseiller et a fortiori d’installer un agriculteur- apiculteur. Les chambres d’agriculture (départementales et régionales) n’offrent pas aux apiculteurs la même qualité de service (accueil, conseil, formation, aide à l’installation,...) que celui qu’elles proposent aux autres agriculteurs. Quelques collaborations existent entre des chambres régionales d’agricultures et des conseils régionaux pour mettre en place un poste de chargé de mission pour la filière apicole en région. »
 
François Gerster, inspecteur général de santé publique vétérinaire auteur de ce rapport, vient d’être nommé comme abeille ouvrière de la mise en œuvre de ce plan. « L’apiculture est un secteur important de l’économie agricole, tant par le rôle joué par les  populations d’abeilles dans la pollinisation que dans la production de miel », insiste t-il dans son rapport. Or « pendant la dernière décennie le secteur de l’apiculture a été affecté par de graves problèmes sanitaires signalés aussi bien dans notre pays qu’ailleurs. Les études scientifiques entreprises n’ont pas permis de déterminer la cause exacte de ce phénomène. Le rapport scientifique de l’EFSA « Bee mortality and bee surveillance in Europe » a clairement montré le déficit de données épidémiologiques objectivables pour analyser ce problème aux raisons multifactorielles. Si les apiculteurs ont disparu, c’est que les abeilles ne se sentaient pas très bien non plus.
 
La nouvelle filière devrait bénéficier d’un instrument de professionnalisation,  qui s’appelle « L’Institut de l’abeille » (ou moins poétiquement Institut technique et scientifique de l’apiculture –Itsap). Basé près de la grande ruche des finances de Bercy, à Paris, cet organisme fondé en 2009 se lance vraiment et devrait permettre de rendre plus visibles, cohérentes et intelligibles les  différentes facettes de ce métier. Il organisait ainsi les 6 et 7 février dernier, ses toutes premières «  Journées de la recherche apicole ». Un think tank pour les abeilles et ceux qui en font emploi, il était temps.

François SimonLesinfluences.fr

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