Le bureau du futur à la sauce hollandaise
EPN : L’exemple du groupe de télécommunication Vodafone préfigure-t-il le bureau de demain ?
Catherine Gall : La configuration du site de Vodafone à Amsterdam représente l’exemple le plus récent d’une transformation organisationnelle et immobilière majeure, impactant à la fois la façon de travailler et les espaces de travail. L’idée à la base de ce projet était de repenser la stratégie immobilière du groupe pour mieux répondre à ses enjeux. La posture traditionnelle qui veut que l’on parte de l’immobilier existant pour l’améliorer ou le rénover n’est plus du tout en adéquation avec l’activité de l’entreprise. Il est très difficile de prévoir des lieux pour accueillir des embauches massives, mais aussi de façon ponctuelle des intérimaires ou des prestataires.
D’autre part, le fait d’être attaché à un seul site a de moins en moins de sens alors que l’activité du groupe impose le territoire comme lieu de travail. D’où l’idée de bâtir un projet transversal en passant d’un certain nombre d’agences à trois sites majeurs – Amsterdam, Maastricht et Eindhoven – dans lesquels les salariés choisissent de venir travailler en fonction de leur localisation géographique et des missions qui leur sont confiées.
EPN : Dans ces nouveaux sites, les postes de travail ne sont pas attribués…
CG : Toute la stratégie immobilière est construite sur la mutualisation et le partage des espaces de travail, conçus sur un mode collaboratif. Quelques postes restent sédentaires, pour cause de gestion lourde de documents, mais ils ne représentent que 20 à 30 % des salariés. Tous les autres n’ont pas de bureau attribué, tout en étant affectés à une équipe, un projet ou un département. Cela concerne tous les métiers : ressources humaines, marketing, vente… Les espaces du campus sont calibrés en fonction des prévisions de croissance et des usages en termes de taux d’occupation à la journée ou à la semaine. La spécificité du site d’Amsterdam réside dans un étage supplémentaire prévu pour l’hébergement des sous-traitants ou pour accueillir l’extension d’un projet, avec les outils et ressources nécessaires. Il s’agit d’une gestion dynamique des mètres carrés, où l’on pousse les murs pour accueillir nouveaux projets et nouvelles personnes.
Pour permettre cette nouvelle forme de travail, chacun dispose d’un ordinateur portable, dispose d’un smartphone connectable avec des cartes 3G et travaille en Cloud Computing, ce qui permet d’éviter de stocker des données. Une culture technologique fortement ancrée dans une entreprise dont l’activité est dédiée aux télécommunications.
EPN : Ces nouveaux modes de travail trouvent-ils leur place en France ?
CG : Ces bureaux du futur participent de plusieurs formes de culture. D’une part, la culture technologique : tout est conçu pour travailler en nomade, y compris au sein de l’entreprise. Les jeunes générations sont favorables à ce mode de travail qui leur permet plus de flexibilité. Et certains secteurs d’activité, en particulier ceux qui travaillent sur les télécommunications, sur les changements sociaux liés aux usages, se prêtent plus logiquement à ces nouvelles formes de travail. Des entreprises comme SFR, Bouygues Telecom ou Orange sont déjà sensibilisées à ces questions et s’investissent dans ces démarches. De même que les métiers du conseil – citons des entreprises comme Price, Deloitte ou Accenture, qui a mis en place un accord de télétravail – ainsi que des groupes d’informatique.
D’autre part, la culture du résultat, très anglo-saxonne, qui s’attache peu au lieu où est produit le travail dans la mesure où il est réalisé. A chacun de gérer le temps, le lieu et la charge de travail pour arriver à ses objectifs. Le frein principal en France face à ces nouveaux modes de travail reste dans la culture du présentéisme. Cette vision futuriste du travail est encore très éloignée du champ de vision des entreprises du CAC40 ou encore des groupes industriels, où les managers de proximité sont souvent des ingénieurs dont le système de référence reste lié à la présence dans l’entreprise. Mais la réflexion est en marche…
Propos recueillis par Pascale Colisson–
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