
« Cela fait des années que l’on constate l’échec des politiques pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes, basées sur une démarche de réparation plutôt que sur l’anticipation. Notre enquête montre qu’il est beaucoup plus efficace d’agir en amont, en proposant aux étudiants d’être les acteurs de leur avenir, et cela pendant leur formation ». L’enquête citée par Julie Coudry, fondatrice et directrice générale de La Manu, fait le point sur l’efficacité des actions menées à titre expérimental par cette association lancée il y a deux ans pour créer des liens entre étudiants issus de l’université et entreprise.
Cette démarche repose sur deux constatations. D’une part, si les entreprises ont noué depuis longtemps des relations fortes avec les grandes écoles, il n’en est pas de même avec les universités, excepté les plus prestigieuses, du fait de la méconnaissance des recruteurs des différents diplômes et filières. En même temps, face au retournement démographique, le vivier des grandes écoles s’avère insuffisant pour fournir aux entreprises les bataillons de diplômés dont elles ont besoin. D’autre part, elles ont de plus en plus conscience que la diversification des profils est un atout pour rester innovantes et compétitives.
L’initiative des étudiants au cœur du dispositif
Face à ces constats, La Manu propose une approche innovante, basée sur la proactivité des étudiants. Elle a initié plusieurs actions qui se déroulent toujours au moment de la formation. En premier lieu, des étudiants volontaires organisent des rencontres avec des entreprises qu’ils sollicitent, afin qu’elles puissent appréhender les compétences professionnelles qui se cachent derrière un intitulé de diplôme. « Le fait que ces étudiants effectuent eux-mêmes cette démarche agit positivement sur les préjugés de recruteurs, souvent dans l’idée d’une distance théorique entre l’université et l’entreprise. D’autre part, ces rencontres leur permettent d’obtenir des garanties sur de réelles compétences opérationnelles associées à un diplôme », explique Julie Coudry. En deux ans, environ quarante rencontres ont ainsi été organisées, rassemblant entre 35 et 650 étudiants et 380 intervenants professionnels issus d’une quinzaine d’entreprises ou de réseaux d’entreprises tels que le CJD (Centre des jeunes dirigeants), l’ANDRH (Association nationale des DRH) ou 100 000 entrepreneurs. Autre action : le concours de Manu marketing des diplômes. En se basant sur une méthodologie très précise, les étudiants identifient toutes les compétences liées à leur diplôme dans cinq grands domaines, créent un outil marketing intégrant ce référentiel et le présentent devant un jury de recruteurs. Une approche qui leur permet de valoriser leurs compétences et de se positionner en tant que ressources vis-à-vis des entreprises. Au cours de la dernière édition de ce concours, quelques 40 diplômes ont été ainsi passés au scanner. Enfin, des rencontres sont organisées entre étudiants et diplômés entrés sur le marché du travail, afin de favoriser le partage d’expérience et l’accès au marché caché.
Etendre l’expérimentation à tout le territoire
Ces initiatives sont très bien perçues, tant du côté des entreprises que des étudiants, d’après l’enquête qualitative que La Manu vient de publier. De nombreux témoignages pointent l’efficacité de cette approche innovante. « Je pense que ce qui est vraiment intéressant avec La Manu, c’est que la démarche est portée par un réseau d’étudiants ambassadeurs. A ma connaissance, c’est une spécificité de La Manu. Les étudiants que nous rencontrons sont actifs et investis dans le processus. Cela permet de développer des relations de confiance avec l’ensemble du réseau et s’inscrit dans la durée», témoigne ainsi Philippe Lazzarotto, chef du département Campus GDF-Suez. Les étudiants, quant à eux, ont le sentiment de participer à leur vie professionnelle avant même d’y entrer, en s’investissant dans la conduite de projet et le lien avec l’entreprise. Ils plébiscitent cette démarche professionnalisante par le projet réalisée parallèlement avec leur formation.
Aujourd’hui, les actions initiées par La Manu se concentrent sur les villes de Paris, Lyon et Bordeaux et concernent une vingtaine d’universités et un réseau de 650 étudiants porteurs de projets. Sur le site web de l’association, de nombreux étudiants d’autres universités expriment leur volonté de s’inscrire dans la démarche. Des antennes viennent de voir le jour à Clermont-Ferrand et Evry et La Manu compte bien essaimer progressivement sur tout le territoire. Sans dévier d’un pouce son approche : donner aux étudiants la main sur leur avenir.
Pascale Colisson– Lesinfluences.fr
* liste des entreprises enquêtées : GdfSuez, Crédit Agricole SA, Vivendi, SFR, UIMM, GIM, La Poste, Société Général, Altran, L'Oréal, Véolia.
www.la-manu.fr/
www.la-manu.fr/evaluation11.html