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Lundi 30 Janvier 2012

C’est pas du luxe, ce sont des emplois

Paradoxe : l’industrie du luxe se maintient très bien malgré la crise sans précédent, et sa contrefaçon peut même encourager à la croissance des produits originaux.

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Les sacs de luxe ne bâillent pas aux corneilles, les montres haute technologie et les accessoires de la haute couture font tourner les têtes, le champagne millésimé remplit les flûtes, les cosmétiques et les parfums capiteux maquillent la planète… En 2011, l’Europe constituait le premier marché mondial de vente des produits de luxe (37 %) suivie par les Etats-Unis un peu époumonnés (30 %) et talonnés eux-mêmes par les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). La Chine du luxe a pesé 13 milliards d’euros en 2011, avec une croissance qui flèche à 35 %  Les clients chinois en voyage devraient bientôt représenter dans ce type d’achat près de 20 % du marché mondialisé. Explication essentielle : L’émergence économique et financière génère dans ces pays, un boom de nouveaux riches. Articles français particulièrement plébiscités par l’Asie : la maroquinerie-bagagerie (1,2 milliard d’euros d’excédent commercial en 2010).
 

« Le paradoxe de shenzen street »
 
Les grandes marques ne faiblissent pas depuis près de vingt ans et surfent sur cet élargissement de la clientèle (« le luxe démocratique » dans le jargon marketing). Paradoxe : le champion de la contrefaçon que reste la Chine devient également l’eldorado des produits de luxe, comme si l’industrie grise secrétait la notoriété du vrai circuit. Dans un article passionnant, l’économiste François Meunier explique ce paradoxe : « Comment, en effet, ne pas être frappé par ce qu’on peut appeler le paradoxe de Shenzen Street, l’équivalent à Shanghai de la rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris. On y voit les plus beaux magasins, avec tous les noms de marque qui figurent dans la belle chanson d’Alain Souchon (« Putain ça penche ! ») : Hermès, Boss, Ralph Lauren…, chacun d’eux avec des ventes au m² proches des records mondiaux, malgré ces temps de crise. Pourtant, à quelques centaines de mètres de là, il y a plus grand marché de contrefaçon du monde, où vous trouvez pour quelques yuans les mêmes produits avec les mêmes noms de marque collés aux vêtements, parfois provenant des mêmes usines. Pourquoi le marché de la contrefaçon ne tue-t-il pas toutes les boutiques de luxe ? La réponse, on la connaît : les Chinois qui ont de l’argent préfèrent l’original. »
 
Reste l’inconnue 2012 : cette année fera t-elle caler les grandes marques du fait de la dégradation économique mondiale ? Et une autre inconnue, un peu plus lointaine mais réelle : à force de se démultiplier en points de vente et communication géante, ces industries jusqu’alors basées sur une politique de la raréfaction ne tuent-elles leur raison d’être ?
 

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