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Lundi 18 Juin 2012

Les mythes contre la mondialisation

Un protectionnisme qui n’ose pas dire franchement son nom est de retour. La crise qui a ralenti les économies, ou les a même plongées dans la récession comme en Europe, provoque des demandes de « protection ».

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En France, Arnaud Montebourg, devenu ministre du « redressement productif » prône la « démondialisation », c’est-à-dire la mise en place de barrières douanières. Parce que le mot « protectionniste » rappelle trop les dérives des années 1930, ce discours politique adopte un camouflage sous les appellations de  « normes sociales et environnementales » : les Chinois (ce sont eux qui sont visés) n’ont pas les mêmes contraintes ce qui « fausse » la concurrence, rétablissons l’équilibre par des tarifs douaniers.
 
Mais cette offensive n’est pas propre à la France, où il s’agit d’ailleurs, pour l’instant, plus de rhétorique que de faits. Les Etats-Unis sont passés à l’action contre la Chine dans plusieurs secteurs (acier, télécoms). Plus globalement, l’OMC s’inquiète d’une montée du protectionnisme : selon ses décomptes, 110 mesures protectionnistes ont été mises en place depuis un an, 336 en deux ans, soit un saut de 36 %. Ces barrières ont été le fait à 79 % des pays du G20, contre 60 % en 2009, preuve que ce ne sont pas les petits pays qui se protègent.
 
Populisme
 
Si la crise se prolonge, si le chômage demeure autour des 10 %, les pays riches seront sous la pression des partis politiques populistes pour élever des barrières. Le thème de la « protection » nourrit des promesses plus faciles à énoncer pour la classe politique que l’appel churchillien aux « larmes et à la sueur ».
 
Ces demandes de « protection » sont-elles fondées ? La Chine, et plus globalement la mondialisation, sont-elles responsables du chômage, de la croissance anémique, des inégalités croissantes, des déficits commerciaux et, au bout du compte, du sentiment de déclin inexorable qui habite les opinions publiques occidentales, particulièrement en France ?
 
Les économistes ont en général répondu « non » mais leurs faits et chiffres ne pèsent pas grand chose devant des discours de la facilité « à la Montebourg ». Une étude de trois économistes, Richard Dodds, Jan Mischeke et Charles Roxburgh, publiée sur le site Vox,  permet de démolir beaucoup de ces mythes anti-mondialisation. On découvre combien la perception des conséquences de la mondialisation, celle reprise par les politiques, est loin de la réalité.
 
Gains de productivité
 
Mythe 1 : les pays émergents prennent la place des pays riches sur la scène mondiale.  Réalité : la part de marché des pays riches est stable et elle montre récemment des signes d’amélioration. Bien entendu il y a de grandes divergences entre les pays riches entre eux. L’Allemagne gagne au jeu, les Etats-Unis y perdent. Mais globalement, les pays industriels ont vu leur ratio exportations/PIB perdre deux points entre 1994 et 2005 mais depuis, ils ont regagné un point. Même les Etats-Unis remontent depuis 2007. Les plus affectés sont en réalité la Grande-Bretagne et les pays du sud de l’Europe, dont la France. Mais cette faiblesse s’explique par des causes propres à ces pays.
 
Mythe 2 : la désindustrialisation est la cause des maux. Réalité : La détérioration des balances commerciales s’explique d’abord par la montée des prix des matières premières.  En 2008, les pays riches avaient un déficit commercial de 3, 3 % du PIB sur leur balance commerciale des matières premières, mais un excédent de 0,5 % de PIB sur les échanges de biens industriels. Sur les seuls biens de hautes technologies, cette balance est positive de 1,3 % du PIB en 2009.
 
Mythe 3 : l’ouverture des frontières est la responsable des pertes d’emplois industriels. Réalité : ce sont les gains de productivité qui éliminent les emplois en remplaçant les employés par des machines beaucoup plus que les « délocalisations ». Le rapport entre les deux serait de 5 à 1, pour les Etats-Unis selon les auteurs. Même s’il y a des exemples nombreux de délocalisation, les pertes principales d’emplois sont dues au progrès technique.
 
Les services comme avenir
 
Mythe 4 : les services ne sont pas capables de prendre le relais de l’industrie. Réalité : les exportations de services comptent déjà pour un quart des exports des pays développés, cette proportion passera à un tiers en 2030. Si on mesure  en valeur ajoutée, les services représentent déjà la moitié. A noter : l’Europe est leader mondial dans les services.
 
Ce dernier chiffre  montre combien les pays développés devraient insister à l’OMC pour ouvrir les marchés des services dans les pays émergents au lieu d’essayer de bloquer leurs avancées dans l’industrie. Ces services qu’il est de plus en plus difficile de distinguer de l’industrie avec les déconstructions des chaînes de fabrication, représentent des sources d’export et d’emplois considérables et des emplois mieux rémunérés. Plutôt que de se « protéger », il faut investir dans l’éducation, les infrastructures et l’innovation qui assureront une croissance bien moins incertaine que le protectionnisme.
 
Eric Le BoucherSlate.fr

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