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Mardi 22 Mai 2012

Le travail au noir en Espagne, un mal dissimulé, une manne publique ignorée

Tout un pan de l’économie espagnole s’accroît au grand dam des pouvoirs publics. Le travail au noir se développe de manière inquiétante.

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Selon une étude réalisée par la fondation espagnole des Caisses d’Epargne, l'économie souterraine, représenterait 21,5 % du PIB en Espagne. Il y aurait plus de 4 millions de travailleurs au noir alors que l’Espagne affiche un taux de chômage record en zone Euro avec 25 % de la population active. Cette étude montre que l’économie informelle a fortement augmenté ces dernières années avec la détérioration des conditions économiques. Pour autant, elle a débuté en période de forte croissance économique conjuguée avec une forte augmentation des impôts.  
 
Ce serait l’accroissement de la pression fiscale qui serait à l’origine du renforcement du travail au noir. Pour préserver leur compétitivité, les entreprises auraient favorisé les emplois non déclarés.  Pour certains économistes, la croissance de cette économie officieuse n’est qu’une résultante passagère liée à la dégradation de l’économie.  Elle devrait se réduire dès que la situation économique du pays s’améliorera. Pour d’autres, la situation est plus inquiétante, elle montre la persistance en Espagne d’usages éloignés des standards européens et nécessite des mesures permettant un meilleur contrôle et une analyse plus en phase avec la réalité du marché de l’emploi. L’ampleur du travail au noir peut, en effet, relativiser les piètres chiffres du chômage. On retrouve, par ailleurs, les mêmes symptômes dans les autres pays du Sud de la zone euro. L’activité en Italie, la Grèce et le Portugal reste « gangrenée » par le travail au noir. 
 
Le développement de cette économie officieuse n’est pas sans incidence sur la situation économique du pays. Elle agit comme une concurrence déloyale face aux entreprises qui cotisent d’une part mais surtout elle priverait l’Espagne de 30 milliards de recettes supplémentaires.
 

Un pays en mal de croissance

L’Espagne va mal. Après un recul du PIB au quatrième trimestre 2011 de 0,3 % en glissement trimestriel, l’économie espagnole a enregistré une nouvelle baisse de 0,3 % au premier trimestre 2012. Sans croissance, la situation du marché de l’emploi va continuer de se dégrader laissant de piètres rentrées fiscales en perspective. Le travail au noir, lui, pourrait continuer de grignoter du terrain.

Aujourd’hui, la problématique de la croissance pèse sur l’équilibre budgétaire du pays.  L’Espagne doit faire face à une situation budgétaire déséquilibrée avec un déficit public de plus de 8,5 % du PIB en 2011.

Le gouvernement espagnol n’a pas hésité à présenter un plan d’assainissement drastique des finances publiques avec une réduction du déficit public de 8,5 % en 2011 à 5,3 % du PIB en 2012. Pour ce faire, plus de 40 milliards d’euros d’économies sont prévues sur l’année.  Projet très ambitieux, le plus ambitieux parmi les pays de la périphérie avec la baisse du salaire des fonctionnaires et le gel des retraites.  Mais, aucune mesure n’a été prise visant à lutter concrètement contre le développement du travail au noir.

Les marchés financiers doutent de la capacité de l’Espagne à relever le défi dans une période économique récessive. Les tensions sont palpables et c’est désormais sur la péninsule ibérique que les inquiétudes se portent. Mais, contrairement à l’ensemble des pays d’Europe du Sud, ce n’est pas tant le problème de la dette publique qui inquiète. C’est davantage  les conséquences du dégonflement de la bulle immobilière qui menace la santé financière des ménages et celle des banques en particulier. La dette publique espagnole ne représente « que » 68 % du PIB en 2011, alors que celle de la France dépasse les 85 %.  En revanche, d’après McKinsey Global Institute, la dette des entreprises (hors banques) est estimée à 134 % du PIB et celle des ménages dépasse les 80 %. Le problème d’endettement en Espagne concerne le secteur privé avant tout. 
 

Tsunami immobilier

L’Espagne a été prise au piège par l’effondrement de la bulle immobilière dès 2008 et paie encore aujourd’hui le prix fort. Le secteur de la construction était en plein boom au début des années 2000. Pour financer ce secteur florissant, le secteur privé s’était massivement endetté, dynamisant ainsi pendant des années la croissance, développant l’emploi et permettant aux finances publiques d’enregistrer de confortables excédents. Comme l’expliquent les économistes du Crédit Agricole, «  la bulle de crédit qui a gonflé sur un tandem immobilier / ménages a soutenu une croissance artificiellement élevée entre 2000 et 2007, avec un secteur de la construction hypertrophié, gros pourvoyeur d’emplois non qualifiés ». Tout allait pour le mieux jusqu’en 2007. Mais, « comme les arbres ne montent pas au ciel », la bulle immobilière a explosé, laissant derrière elle une ardoise insoutenable pour les banques.

C’est la gestion du dégonflement de la bulle immobilière qui fragilise les finances publiques avec un transfert de la dette privée vers la dette publique.  Pour éviter le risque de faillite en chaîne, l’Etat espagnol est massivement intervenu. Sa huitième et dernière intervention date du 9 mai. La quatrième banque espagnole, Bankia, qui croulait sous des actifs immobiliers risqués, a été partiellement nationalisée. L’Etat a pris le contrôle de 45 % de son capital en convertissant des prêts publics en actions.

Reste, aujourd’hui, une marge de manœuvre non exploitée par l’Espagne (et les autres pays du Sud de l’Europe) : s’attaquer plus efficacement à son économie souterraine pour éviter de peser trop lourdement sur son économie officielle. Et faire rentrer de nouvelles recettes fiscales pour le plus grand bonheur, notamment, du pacte de stabilité européen.
 

Stéphanie Villers Slate.fr

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