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Le taux de sous emploi aura été ramené de 11 % en 2005, alors un record européen, à 5,5 % aujourd’hui (chiffre corrigé des variations saisonnières). Une division par deux. Ce miracle est d’autant plus étonnant qu’il ne s’était pas produit lors des récessions passées de ce pays. Normalement, suivant les réactions précédentes, le taux de chômage aurait dû augmenter de 3 points comme le calcule l’OCDE dans son dernier rapport consacré à l’Allemagne.
L’examen des explications est intéressant. On pense d’abord à la démographie, la population active augmente beaucoup moins vite outre-Rhin. Phénomène connu. A l’emploi dans les services publics qui ont continué d’embaucher. Au fait aussi que la construction qui n’avait pas connu de boom contrairement à la Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, n’a pas non plus connu d’implosion. Mais toutes ces raisons ne suffisent pas à expliquer entièrement le miracle.
Il faut en venir à la politique, inédite, y compris en Allemagne, d’une… baisse de la durée du travail. Depuis dix ans, dans leur recherche de flexibilité, les entreprises industrielles ont conclu des accords avec les syndicats pour s’adapter aux cycles : réduire temporairement les heures travaillées et les rémunérations et répartir les comptes-épargne temps sur plusieurs années. L’OCDE note que ces réformes ont été « particulièrement favorables » lors de la récession dans les entreprises dotées d’une trésorerie solide. Les aides de l’Etat au temps partiel ont fait le reste. Les salariés voient leur perte de salaire en partie compensée par un transfert de l’Agence de l’emploi et les droits acquis à l’assurance maladie ou à la retraite sont restés inchangés.
Plus de seniors au travail
L’autre explication du miracle relève des modifications du marché du travail. D’une part les réformes Harz ont renforcé les incitations à travailler, par une baisse des indemnités chômage, d’autre part il est devenu plus coûteux pour les entreprises de se séparer des seniors en le plaçant en retraite anticipée. Le taux d’emploi des 55-64 ans a en conséquence grimpé de 40 % en 2003 à 60 % en 2010.
Au total, soulignent les experts du Château de la Muette, le rapport entre PIB et chômage a été structurellement modifié par ces accords d’entreprise de gestion de la main-d’œuvre tout du long du cycle. Mais, pour autant, le miracle n’est pas garanti de se reproduire. L’Allemagne souffre autant que ses partenaires d’un mal profond : la faiblesse de sa croissance. La conjoncture pique du nez en raison de l’essoufflement de l’exportation lié au ralentissement des autres pays et de la faiblesse de la consommation, restreinte par dix ans de vaches maigres pour les revenus.
Les faiblesses du modèle
A plus long terme, le « modèle » allemand pour l’emploi ne survivra vraiment que si la RFA devient aussi un modèle pour la croissance. Le rapport de l’OCDE est instructif pour ses performances d’emploi, il l’est aussi sur les faiblesses de notre premier partenaire :
Eric Le Boucher - Slate.fr