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Mardi 18 Décembre 2012

La lutte contre le réchauffement climatique au secours de l’emploi

En dépit des maigres résultats des conférences internationales sur le climat, l’économie verte crée des activités et des métiers.

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La 18ème conférence de l’ONU sur le climat s’est achevée le 8 décembre à Doha, au Qatar, sur un accord a minima. Celui-ci prévoit l’entrée dans une deuxième période de huit ans du protocole de Kyoto pour l’Europe et une quinzaine d’autres pays (soit au total 15 % seulement des émissions mondiales de CO2) et la préparation d’un texte qui s’appliquerait à tous les Etats s’il était adopté à la conférence de 2015.
 
Un résultat aussi médiocre s’explique par deux raisons essentielles : d’une part, le refus persistant des pays en développement de s’engager dans une politique qui pourrait risquer de brider leur croissance alors qu’ils estiment que le changement climatique en cours est dû aux émissions de gaz à effet de serre des pays déjà développés ; d’autre part, les difficultés budgétaires de ces derniers, qui ne s’estiment pas en mesure de financer une « croissance verte » des premiers.
 
La Chine investit
 
Le compromis de Doha peut inciter au pessimisme, alors que les études scientifiques sur le sujet sont de plus en plus inquiétantes (une hausse de 4 degrés ou plus de la température moyenne à la surface du globe n’est plus exclue d’ici à la fin du siècle). Il n’en demeure pas moins que la plupart des pays travaillent à réduire leurs émissions, même s’ils n’ont signé aucun accord contraignant. Que ce soit au niveau de la production ou de la consommation d’énergie, des initiatives locales sont prises, qui vont dans le bon sens. La Chine, par exemple, investit massivement dans les énergies renouvelables, au point d’apparaître en bonne place parmi les producteurs de turbines éoliennes et de dominer le marché mondial des panneaux photovoltaïques.
 
Même si les choses n’avancent pas aussi vite et de façon aussi volontaire et ordonnée qu’on pourrait le souhaiter, des changements importants sont en cours. Pour l’Europe et la France, ce peut être une chance à saisir. Les gouvernements ont un rôle crucial à jouer. S’ils présentent le dossier sous une forme uniquement négative (rouler moins et moins vite, oublier les années de forte croissance et vivre chichement, etc.), ils ont peu de chances d’être écoutés. S’ils savent prendre les mesures adéquates pour transformer le fonctionnement de l’économie et ouvrir de nouvelles perspectives, le défi peut être relevé. Ainsi que le déclarait l’économiste Christian de Perthuis, lors d’un colloque à Bercy au début 2012, « le changement climatique est un nouveau projet qui peut motiver de formidables investissements, de nouveaux moyens de financement et favoriser une sortie progressive de la crise de la dette ».
 
La croissance des « éco-activités »
 
D’ores et déjà les statisticiens essaient de mesurer l’ampleur du phénomène. A l’échelle européenne, Eurostat a dégagé des règles communes. Dans son document annuel L’économie française, comptes et dossiers, édition 2012,  l’Insee consacre une étude à la façon de « définir et quantifier l’économie verte ». L’Observatoire national des emplois et métiers de l’économie verte, créé en 2010, publie les premiers chiffres. En 2008, les éco-activités (protection de l’environnement, gestion des ressources et activités transversales telles qu’ingénierie et recherche et développement) représentaient l’équivalent de 452 600 emplois à temps plein. En y adjoignant des activités dont la finalité n’est pas environnementale mais qui produisent des biens et services favorables à la protection de l’environnement ou à la gestion des ressources naturelles, on arrivait à un  total de 927 200 pour ce qu’on peut appeler l’économie verte, en progression de 3,6 % par rapport à 2007. En 2009, année de récession, la progression était encore de 2,1 %, à 946 600 et, en 2010, on est arrivé à 962 000 emplois (toujours en équivalent temps plein), soit une hausse de 1,6 %, alors que l’emploi total a reculé en France au cours de ces deux années.
 
L’idée d’un « Fonds vert européen »
 
Evidemment, il faut se garder de tout optimisme excessif. L’irruption de la Chine dans l’industrie des panneaux photovoltaïques a provoqué quelques dégâts et l’industrie éolienne connaît elle aussi des soubresauts. Par ailleurs, dans le même temps, des emplois disparaissent dans des activités polluantes. Enfin, les emplois nouveaux ont souvent un coût élevé : l’électricité produite à partir des sources d’énergie renouvelables n’est pas encore compétitive et doit être subventionnée. Mais les perspectives sont prometteuses : selon Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, l’objectif du gouvernement est la création de 100 000 emplois dans l’économie verte en trois ans. Ainsi, la remise à niveau de l’isolation thermique des logements anciens doit procurer du travail à des artisans locaux, à condition que les efforts de formation nécessaires aient été faits, comme en témoigne une enquête menée par Pôle Emploi auprès des entreprises de plus de 10 salariés.
 
 
Au-delà, des objectifs amitieux pourraient être envisagés si, au niveau européen, une politique énergique et novatrice était menée. Ainsi l’économiste Michel Aglietta propose-t-il de bâtir une véritable économie financière à partir de la valeur sociale du carbone (qui existe déjà avec ce qu’on appelle improprement les droits de polluer), en allant jusqu’à permettre à la Banque centrale européenne ou à une autre banque publique d’acquérir des attestations d’actifs carbone. L’économiste suggère de créer un Fonds vert européen qui capterait l’épargne des investisseurs et pourrait financer des projets environnementaux ou participer au financement d’investissements décidés au niveau communautaire dans l’énergie ou les transports. Mais on n’en est pas encore là…
 
Gérard Horny – Slate.fr

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