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Mardi 10 Avril 2012

Bonus des banques : chronique d’une mort annoncée

« Finies les belles rémunérations sur les activités de marché. Il va falloir aller voir ailleurs pour se remplir les poches », déclarait, dépitée, une jeune quadra responsable d’un segment obligataire d’une grande banque française. Un vent de panique s’est emparé du monde de la finance. Serait-ce l’approche des élections qui fait craindre le pire, ou voit-on poindre une réelle menace pour ces salariés à la situation financière un peu spéciale et unique en son genre ?

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Depuis plus de vingt ans, la banque a été un des secteurs les plus porteurs en termes d’embauches et de salaires. En particulier dans les salles de marchés, où le salaire moyen annuel avoisine les 100 000 à 150 000 €, hors prime et bonus. D’après le Conseil National des Ingénieurs et Scientifiques de France (CNISF), l’ingénieur est en moyenne payé 60 % de plus dans la finance par rapport aux autres secteurs. Ce qui explique que 20 % des polytechniciens choisissent de s'orienter vers cette filière.
 
Les élèves de grandes écoles se sont massivement formés aux fondamentaux de la finance pour répondre aux besoins croissants de sophistication du secteur bancaire. Et des profits exceptionnels ont été dégagés avec ou sans crise, pour le plus grand bonheur des actionnaires et des traders qui surfent sur une rente de situation dans un secteur oligopolistique sans réel contrôle ni transparence. 
 

Valeur sociale nulle
 
Comme le précise, Guillaume Allègre, économiste à l’OFCE : « La valeur sociale dans le secteur bancaire est nulle.  La sophistication n’a fait qu’enrichir les actionnaires et les traders». Il faut comprendre qu’il n’y a aucune création de richesse pour l’économie réelle.  Et l’économiste d’ajouter, « les rémunérations excessives du secteur bancaire n’ont aucun sens. Elles n’ont rien à voir avec une quelconque compétence et ne sont pas liées à une productivité sociale ».
 
Tant que les risques encourus par ce type d’activité étaient maîtrisés, il n’y avait pas de raison pour le régulateur de s’inquiéter. En revanche, à partir du moment où ces risques sont devenus non maîtrisables et incontrôlables et que surtout le coût de ces risques allait être supporté par la société tout entière, il fallait agir. 
 
Les politiques ont, hélas, toujours eu un train de retard par rapport aux innovations du secteur bancaire. Une vaste course à l’échalote a été menée depuis la crise des subprimes, avec un décalage récurrent entre la capacité des régulateurs à comprendre les mécanismes spéculatifs, souvent toxiques et l’esprit ingénieux des spécialistes de marché décidés à explorer toutes les vertus financières du monde virtuel de leurs modèles mathématiques.
 

Réguler davantage
 
Les banques avaient pour leur défense des économistes de renom, « publicistes professionnels » vis-à-vis des médias, mais pas exclusivement. Ces économistes de banque ou ces universitaires conseillers auprès des établissements bancaires ont été, aussi et surtout, les experts consultés par les politiques. Ils allaient prêcher la bonne parole auprès des entités de régulation ou de réglementation. Aux questions, « faut-il interdire les ventes à découvert ? », ou « les mécanismes de spéculation affectent-ils le fonctionnement des économies », la commission des finances de l’Assemblée Nationale a été recueillir le point de vue de cette poignée d’économistes qui trustent l’analyse économique dans les médias. Les politiques n’ont pu obtenir d’eux qu’une réponse de normand. En résumé, la spéculation peut-être dangereuse mais elle est nécessaire car elle permet d’offrir plus de liquidité au marché… Avec ça, difficile pour le politique, qui découvre cette obscure matière, de trancher. 
 
Dans ce panel d’économistes, il convient toutefois de ne pas oublier ceux qui dénoncent invariablement les dangers d’une hyper finance non contrôlée, avec, en première ligne,  Michel Aglietta, économiste au CEPII. Moins médiatique peut-être que les autres, cet universitaire spécialisé sur les marchés financiers, recommande depuis des décennies un plus grand encadrement des flux des capitaux pour permettre un meilleur soutien à l’économie réelle.
 
Le secteur bancaire ne peut désormais plus compter, pour sa défense, sur les économistes, globalement remis en cause, au moment où l’Etat n’a pas d’autres alternatives que de se renflouer là où l’abondance persiste. Les banques sont toutefois responsables de leur austérité à venir. Elles se sont massivement tournées en 2008 vers l’Etat pour recevoir son soutien financier pour sortir de la crise. Elles n’ont ensuite pas hésité à sévèrement sanctionner ce même « sauveur » aux finances à la dérive. 
 

Volonté européenne
 
Le temps de l’exubérance bancaire semble terminé. Place à l’austérité. Les bonus des traders (opérateurs de marchés au sens large) constituent une cible idéale. En particulier, avec François Hollande qui s’est prononcé en faveur d’un encadrement des bonus, pour la création d’une taxe sur les transactions financières et qui envisage de taxer à hauteur de 75 % les rémunérations supérieures à 1 million d’euros. Les traders sont directement concernés par cette mesure. Ils le savent.
 
Les banques peuvent-elles menacer de fuir l’Hexagone? Trop tard, une volonté européenne semble peu à peu s’imposer pour éradiquer les mouvements épileptiques des marchés et les produits toxiques. Les britanniques, récalcitrants jusqu’à présent, semblent de plus en plus convaincus qu’avec un déficit de 8 %, ils ont tout intérêt, eux aussi, à aller puiser à la source des banques les moyens nécessaires pour éviter le pire pour leurs finances publiques.
 
Stéphanie Villers - Slate.fr

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