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Mercredi 22 Mai 2013

Boîte à outils pour l’emploi, un chantier d’un an

Les leviers pour un traitement économique du chômage se mettent en place. Ils complètent les outils du traitement social, pour des formes d’action plus pérennes.

Boîte à outils pour l’emploi, un chantier d’un an

Progressivement, la boîte à outils de François Hollande pour construire une politique de l’emploi se remplit. Mais surtout, les outils changent de nature. Aux mesures de traitement social du chômage qui figuraient dans le programme du candidat Hollande, viennent s’ajouter des dispositions de traitement économique qui doivent relancer l’embauche en stimulant l’activité des entreprises.
 
Les premières sont plus conjoncturelles pour répondre à la crise dans l’urgence, les secondes ont pour vocation de réamorcer la croissance et, par là, les besoins en effectifs des entreprises. Il était temps. Le chômage continue de progresser au rythme moyen de 1 000 demandeurs d’emploi de plus chaque jour, et il aura fallu un an pour que cet arsenal de mesures voie le jour.
 
Traitement social dans l’urgence
 
Dans un premier temps, le gouvernement Ayrault a tenu une les promesses du candidat Hollande en introduisant les emplois d’avenir, nouvelle version des emplois jeunes, avec pour objectif de fournir un travail à 150 000 personnes en deux ans. Ces emplois ne constituent pas une panacée et n’ont pas vocation à être pérennisés. Toutefois, ce traitement social du chômage, souvent décrié, n’est pas dénué d’intérêt dans l’urgence créée par la progression record du nombre de personnes sans emploi – et notamment des jeunes. Ainsi, bien que critiqués à cause de leur coût de 5 milliards d’euros pour la collectivité, les 310 000 emplois jeunes créés à l’initiative de Martine Aubry entre 1997 et 2005 ont malgré tout débouché sur une insertion professionnelle dans deux cas sur trois.
 
Cette fois, en plus du secteur public et du secteur associatif, le privé pourra également profiter de ce type d’emploi dans certaines branches notamment dans le tourisme, a confirmé François Hollande lors de sa conférence de presse du 16 mai. En période de crise, aucune piste de doit être négligée.
 
Autre mesure de circonstance, le contrat de génération est destiné à faciliter la transmission des compétences et même des entreprises. Il s’inscrit aussi dans la longue liste des nouvelles formules aidées par l’Etat pour débloquer l’accès au marché du travail. « L’objectif est de 70 000 contrats de génération d’ici à la fin de l’année », a indiqué le chef de l’Etat fin avril dans un discours sur l’emploi et la jeunesse.
 
Stimuler l’activité des entreprises
 
Mais le traitement économique du chômage reste la meilleure façon de lutter contre le chômage et d’offrir un retour durable à l’emploi aux personnes qui en sont provisoirement exclues. Il consiste à créer des conditions économiques favorables à l’embauche.
 
En plus de l’extension du crédit impôt recherche à l’innovation pour les PME (extension qui prend toutefois un regrettable retard), le gouvernement a mis en place le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) dans la foulée du rapport Gallois sur la compétitivité de l’industrie française. Même si d’autres mesures sont venues limiter les avantages fiscaux dont disposaient notamment les grandes entreprises, ces deux dispositions visent à rendre des marges de manœuvre financières aux entreprises pour les inciter à embaucher. Telle est bien l’orientation des chefs d’entreprises qui, à 48 % selon un sondage Oséo, comptent utiliser le CICE pour maintenir ou créer des emplois.
 
Un filet de sécurité a également été installé avec la création de la Banque publique d’investissement (BPI France) qui doit répondre aux problématiques financières des entreprises. C’était déjà la mission d’Oséo, qui sert de socle à cet établissement avec la Caisse des dépôts et le Fonds stratégique d’investissement (FSI). Mais la force de frappe décuplée de la BPI devrait augmenter son efficacité. La vraie question consiste à mettre en place un mode de gouvernance qui lui permette aussi d’intervenir rapidement. Toutefois, un an après l’arrivée de François Hollande à l’Elysée, elle cherche encore ses marques à cause de dissensions au sein de son conseil d’administration.
 
Des plans d’épargne en actions pour les PME
 
Un plan d’épargne en actions pour financer les petites et moyennes entreprises (PEA PME) sera aussi mis au point, ainsi que François Hollande l’avait laissé entendre dès septembre 2012. Confirmé fin avril, sept mois plus tard, aux Assises de l’entrepreneuriat et attendu pour septembre 2013, il doit permettre aux PME de se recapitaliser et d’investir plus facilement en ayant accès à l’épargne nationale placée en actions. Et pour qu’une plus grande partie de cette épargne soit mobilisée, le chef de l’Etat envisage de réformer l’assurance pour favoriser ces placements. Cette  réforme portera sur la fiscalité de l’assurance vie, vieux serpent de mer.
 
Certes, le PEA existe, mais il est peu accessible à ces entreprises : 3 % des fonds seulement vont actuellement aux PME. Il s’agit en l’occurrence de réorienter l’épargne privée dont les Français ne manquent pas vers les entreprises les plus créatrices d’emplois, à savoir les PME qui fournissent plus d’un emploi salarié sur deux en France. L’enjeu consiste à ce que ces fonds atteignent effectivement leurs cibles : déjà par le passé, les Codevi, plus particulièrement destinés aux moyennes entreprises de l’industrie, avaient  beaucoup plus profité à certains grands groupes qui les avaient en quelque sorte « détournés ».
 
L’accord sur la réforme du marché du travail conclu en début d’année par le Medef et trois organisations syndicales (CFDT, CFTC, CFE-CGC) et ratifié par l’Assemblée nationale, trouve aussi sa place dans l’arsenal destiné à relancer l’emploi. Critiqué par les autres syndicats (CGT et FO) pour son volet de la flexibilité, il correspond dans  l’esprit à d’autres accords négociés dans certaines entreprises comme Renault pour améliorer la productivité du travail et, par là, gagner en compétitivité afin de remplir le plan de charge et relancer l’embauche.
 
Le retour de l’Etat stratège dans l’industrie
 
Avec ces différents outils destinés à débrider l’activité des entreprises, le chef de l’Etat a toujours pour ambition d’inverser la courbe du chômage fin 2013. Pour poursuivre et amplifier le mouvement en 2014, le gouvernement devrait pouvoir compter sur des recettes provenant de l’allègement de certaines participations de l’Etat au capital d’entreprises publiques, comme l’a révélé François Hollande début mai. Le projet avait été évoqué à plusieurs reprises aussi bien par Jean-Marc Ayrault que par Arnaud Montebourg au Redressement industriel. Il semble enfin en voie de concrétisation.
 
Ainsi, la dynamisation de certaines filières ciblées sur les nouvelles technologies (dans le numérique, la santé ou la transition énergétique) passera par des engagements publics qui s’inscriront dans une stratégie à dix ans, en plus des investissements d’avenirs rendus possibles par le grand emprunt de Nicolas Sarkozy.
 
Les leviers d’un traitement économique du chômage par une stimulation de la croissance sont en place. Encore va-t-il falloir les activer ensemble, avec une véritable vision de l’avenir industriel du pays.
 
Gilles Bridier – Slate.fr

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