
Selon la Brookings Institution, un très influent think tank américain, spécialisé dans les sciences sociales, les Etats-Unis devraient connaître une nouvelle réindustrialisation. Intoxication d’euphorie ? Sur cette idée, les thinks tankers partagent le même constat que nombre d’experts. Depuis 2010 déjà, le pays a vu démarrer un phénomène de réindustrialisation, évoluant certes lentement. 350 000 emplois auraient ainsi été enregistrés dans le secteur manufacturier, ce qui représente une hausse de 3,1 % mais pas grand-chose en regard du massacre industriel de la décennie écoulée. Les convergences du coût industriel entre USA et Chine (qui elle-même se voit désormais contestée par d’autres concurrents à bas coût), la hausse constante et bientôt durable des coûts des transports et de l’énergie, pèseraient désormais dans cette relocalisation américaine encore modérée. Les auteurs (Susan Helper, Timothy Krueger et Howard Vial) de la note « Why Does Manufacturing Matter ? Which Manufacturing Matters ? » s’inscrivent ainsi en faux de cette théorie largement répandue du moins coûteux.
L’effet d’entraînement des salaires élevés et leur impact sur la société.
La Brookings défend une ambition étatsunienne toute autre que cette recherche du bas coût industriel, détestable et même contre-productive en tous points, toujours selon la note. Il faut désormais miser sur une réindustrialisation par le haut, et qui relève de l’intérêt national. Raisonnement : plus les salaires de l’industrie sont élevés, plus ils ont un effet d’entraînement. Les salaires industriels –qui sont près de 20 % supérieures aux emplois de service- représentent une source de promotion sociale pour les moins qualifiés de ce type d’emploi, mais aussi une source majeure d’innovations en tous genres (68 % des dépenses en R&D proviennent de ce secteur), sans oublier une source de réduction du déficit commercial (65 % des échanges commerciaux USA-monde). La Brookings encourage à que ce type d’entreprises à salaires élevés mais qui n’entravent en rien la compétitivité des Etats-Unis soit mieux soutenu, ainsi que leur productivité et également leurs salariés (formation tout au long de sa vie, meilleure partage des responsabilités et des gains, etc.).
Emmanuel Lemieux – Lesinfluences.fr