
La mondialisation des économies contraint un nombre croissant d'enfants à étudier dans un pays où eux-mêmes, ou du moins leurs parents, ne sont pas nés. Ces élèves issus de l'immigration, dont le nombre progresse régulièrement, constituent désormais 5 % des élèves de 15 ans dans les 13 pays de l'OCDE ayant participé à l'enquête PISA 2009 (enquête de l'OCDE qui évalue les savoirs des enfants de 15 ans). Ce chiffre est bien plus élevé dans la plupart des « grands » pays : il atteint 13 % environ en France, 15 % en Allemagne, 20 % aux Etats Unis, 23 % en Australie, 25 % au Canada et en Nouvelle Zélande...
Mais bien souvent, ces élèves se retrouvent à la traîne : leurs performances telles que mesurées par Pisa, en termes de lecture, mathématiques et sciences, sont inférieures à celles des élèves dits « autochtones ». Un écart d'environ 40 points -sur une moyenne d'à peu près 500-, ce qui équivaut à environ une année scolaire de retard. Une partie de cet écart s'explique par des raisons socio-économiques : les élèves issus de l'immigration sont plus souvent issus de milieux défavorisés. Or, qu'ils soient d'origine étrangère ou non, les élèves les moins favorisés sont souvent moins performants à l'école. Mais ce facteur ne contribue que pour un tiers à la différence de résultats et ne constitue donc pas l'essentiel de l'explication : le fait d'être d'origine étrangère, en soi, constitue un obstacle à la réussite scolaire !
Mais ce triste constat n'est, heureusement, pas vérifié partout : dans certains pays, comme l'Australie ou le Canada, l'écart de performance est quasiment nul, voire carrément inversé entre élèves autochtones et élèves issus de l'immigration. Même les Etats-Unis affichent des performances tout à fait honorables. « En réalité, explique Maciej Jakuboswki, analyste à l'OCDE, c'est surtout en Europe que les élèves issus de l'immigration rencontrent le plus de difficultés».
Quelle est donc la recette des pays qui réussissent ? « Le facteur le plus important de réussite scolaire pour les élèves d'origine étrangère est la bonne maîtrise de la langue de leur pays d'accueil », estime l'économiste. « Car elle conditionne les performances en lecture et écriture, bien sûr, mais aussi en compréhension et capacité d'expression dans toutes les autres matières ». Les pays comme l'Australie ou le Canada ont développé des programmes spéciaux qui leur permettent de dispenser un enseignement renforcé en langue pour leurs élèves d'origine étrangère. Une méthode imitée par plusieurs Etats allemands et qui a permis à notre voisin de réduire considérablement l'écart de performance entre élèves autochtones et issus de l'immigration en quelques années : il est passé de l'équivalent de deux ans d'école à moins d'un an et demi entre 2000 et 2009. En France, cet écart, aujourd'hui légèrement supérieur à celui de l'Allemagne, était largement inférieur en l'an 2000.
Mais la lecture n'est pas tout : la nature même du système éducatif joue un rôle. Plus il sélectionne et oriente les élèves tôt, et moins les jeunes issus de l'immigration ont leur chance. Moindres résultats, plus mauvaise connaissance du système éducatif, ou discrimination : toujours est-il qu'ils se retrouvent plus souvent poussés vers des filières professionnelles moins prestigieuses.
Autre élément important, selon Maciej Jakubowski : « Plus le système scolaire est égalitaire, autrement dit, moins il y a de différence de niveaux entre différents établissements, et plus les élèves d'origine étrangère ont leur chance ».
Catherine Bernard - Lesinfluences.fr
Pour en savoir plus :
http://www.oecd.org/dataoecd/44/24/49320783.pdf