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Des chartes comme s’il en pleuvait, des labels, des normes, des politiques d’entreprise… La lutte contre la discrimination est un sujet porteur dans le monde du travail et de nombreuses entreprises ont brandi l’étendard de la diversité. Mais il reste un thème totalement tabou dans l’entreprise, celui de l’orientation sexuelle. Malgré les discours, malgré la loi, malgré les chartes. C’est ce que révèle l’étude réalisée par l’Autre Cercle, association nationale qui lutte contre les discriminations au travail liées à l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Cette enquête* succède à celle menée en 2006 sur le même sujet et force est de constater que peu de choses ont évolué : les comportements homophobes perdurent en toute impunité.
Près de 20 % des LGBT (Lesbienne-Gay-Bi-Trans) considèrent que le climat dans leur entreprise ou organisation leur est hostile et 26 % des répondant-e-s ont été victimes ou témoins de comportements homophobes et ce, sans aucune conséquence à 92 % pour leurs auteurs. Une situation encore plus marquée dans l’industrie et l’enseignement.
Au palmarès des comportements homophobes : les moqueries etplaisanteries (82 %), le manque de respect (59 %), la délation et propagation de rumeurs (29 %), la mise à l’écart (24 %) et le harcèlement (17 %). « Ce sont des chiffres importants, choquants. Il ne s’agit pas du comportement isolé d’un collègue ou d’un hiérarchique harceleur, mais d’un comportement quasi-normalisé, où le fait de faire « quelques plaisanteries » ne relève pas pour les acteurs d’une quelconque gravité », analyse Catherine Tripon, porte-parole de la Fédération de L’Autre Cercle.
Ne pas être soi par peur des conséquences
Rien d’étonnant si 47 % des personnes interrogées n’abordent jamais la question (contre 48 % en 2006) et si 67 % ne souhaitent pas être visibles (versus 74 % en 2006) par crainte de conséquences négatives pour leur carrière et leurs conditions de travail. Un résultat encore plus marqué pour les diplômés, voire surdiplômés, dont les enjeux de carrière sont plus importants et qui sont confrontés à un véritable «plafond de verre». Deux sphères professionnelles apparaissent comme un peu plus « gay friendly » : la fonction publique et les grandes entreprises publiques dans lesquelles 54 % des personnes interrogées affirment qu’il est plus facile d’être visibles. Mais la règle générale reste néanmoins celle du silence. « Ce qui les oblige à ne jamais parler de leur vie privée, à porter un masque en permanence, déplore Catherine Tripon. Et lorsqu’elles choisissent de se rendre visibles, c’est avant tout par prévention, pour éviter que quelqu’un d’autre parle à leur place. »
Les entreprises peu mobilisées sur le sujet
Il est étonnant de constater que le climat n’est pas meilleur au sein des grandes entreprises privées, premières pourtant à mettre en place des outils de lutte contre la discrimination. Or il s’avère que si 27 % des répondant-e-s confirment qu’il existe un document ou charte sur la diversité, seuls 13 % indiquent que l’orientation sexuelle y est mentionnée. Pire : seul 1 % des RH envisage de le faire prochainement. Or, le climat est sensiblement meilleur dans les entreprises et organisations ayant mis en place une charte citant l’orientation sexuelle. « Aujourd’hui, la question de la diversité a été prise en considération par l’Etat, les syndicats, le patronat. Ce n’est plus un sujet émergent et il est temps que les entreprises avancent sur le sujet, affirme Catherine Tripon. L’évolution des mentalités et la reconnaissance du Pacs et de l’homo-parentalité impactent le modèle social français y compris dans la vie professionnelle ».
Pascale Colisson - Lesinfluences.fr
* Enquête réalisée auprès de 930 personnes sur " la vie des LGBT au travail " et ouverte à tous/tes les répondant-e-s, y compris hétérosexuel-le-s.