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L’écart est sans ambiguïté : en France le taux d’emploi des hommes âgés de 55 à 64 ans est inférieur de 20 points à ce qu’il est en Allemagne ; 47,7% dans l’Hexagone (source Insee, 2009), 64% en Allemagne (source Destatis). Dans les deux pays, un creux avait été atteint au début des années 2000 (41,7% en France, 46% en Allemagne). Dans la décennie qui vient de s’écouler ces taux sont repartis à la hausse, mais de manière beaucoup plus sensible de l’autre côté du Rhin.
Globalement, l’augmentation de la proportion de seniors en activité est liée à la remise en cause du financement public des départs en préretraite, qui s’était massivement développé à partir de la fin des années soixante-dix. En Allemagne, la grande coalition a mis fin au système en 2007. Ne restent aujourd’hui que les préretraites encore en cours et celles financées par les entreprises, mais qui se révèlent rares. Face au manque de main d’œuvre qualifiée, le patronat allemand a plutôt cherché à retenir les salariés les plus âgés. Les tentatives syndicales pour rouvrir le dossier des préretraites en 2009, pour tenir compte des conséquences de la crise, ont échoué.
Retour à la case chômage
En France, c’est depuis 2003 que l’Etat a progressivement cessé de financer les départs en préretraite. Puis, fin 2008, la dispense de recherche d’emploi accordée aux chômeurs de plus de 57 ans et demi a été supprimée. Comment alors expliquer l’évolution plus lente par rapport à l’Allemagne, même si en 1999, 200 000 salariés du privé étaient en préretraite publique contre 50 650 fin 2009, ce qui signifie que le taux d’emploi des seniors est en train d’augmenter ? L’obligation faite aux entreprises d’adopter un plan en faveur de l’emploi des seniors, sanctionnée en cas de non-respect par une pénalité de 1% de la masse salariale, est toute récente et n’a peut-être pas encore produit son plein effet. En attendant, il semble que les entreprises aient continué à réaliser des ajustements de productivité. Cela a consisté à inciter les seniors à se diriger de manière anticipée vers la sortie, même en l’absence de financement public.
On a vu ces derniers mois fleurir les plans de départ en préretraite, financés par les entreprises, dont les 3 000 départs anticipés annoncés par Renault en novembre dernier. Face à une décision de fermeture de site, les entreprises peuvent trouver avantageux de faire ce choix qui permet des licenciements en douceur moyennant le versement de 65 à 75% du salaire brut jusqu’à ce que les droits à une retraite à taux plein puissent être ouverts. Un rapport de 2009 du ministère du travail constate par ailleurs que la forte diminution des départs en préretraites publiques depuis 2002, va de pair avec une forte augmentation du nombre d’entrée en chômage indemnisé des plus de 55 ans. Les ruptures conventionnelles, dont un bon tiers concerne des salariés de plus de 50 ans, facilitent ce phénomène. Dans ce cas, c’est l’indemnité de rupture puis le chômage qui sont chargés de mettre de l’huile dans les rouages.
www.lesinfluences.fr - Emmanuel Violet