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Nous les avions déjà évoqués : on les appelle les « Neet ». Ces jeunes de 15-29 ans ni en emploi, ni en éducation, ni en formation. Début 2013, ils étaient 1,9 million en France, ce qui correspond à 17 % de cette classe d’âge. C’est ce que relève une note du Conseil d’Analyse Economique (CAE), qui dépend du Premier ministre, publiée ce mois d'avril, rappelant que le diplôme est un « critère décisif quant à la trajectoire du jeune », à l’heure où 900 000 d’entre eux ont quitté le système scolaire sans ce sésame.
La note insiste notamment sur l’importance de développer l’apprentissage qui profite à l’heure actuelle démesurément aux jeunes déjà diplômés. Un argument plusieurs fois développé à la lumière des expériences réussies à l’étranger, et tout particulièrement en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Il va même jusqu’à proposer de réallouer les fonds prévus pour les emplois d’avenir, en subventionnant 120 000 emplois avec une formation en alternance dans le secteur marchand, ainsi qu’en finançant 75 000 formations à plein temps dans le cadre de programmes de la deuxième chance. Il rappelle en outre, que le marché du travail se divise actuellement entre CDD, en augmentation, et CDI considérés comme étant « trop stables », ce qui dessert fortement les jeunes non diplômés qui se voient trop systématiquement proposer les seconds.
Le mal spécifique des politiques publiques face à la jeunesse française
Les auteurs de cette note insistent : « La France a un problème spécifique avec l’emploi des jeunes. » Ils seraient généralement moins en emploi que la même classe d’âge des autres pays européens. « La faiblesse du taux d’emploi (…) s’explique autant par une moindre fréquence du travail chez les jeunes qui sont encore en étude, que par un nombre très important de jeunes inoccupés. » Autant de jeunes jugés « en situation de grande précarité » et rencontrant « les plus grandes difficultés d’insertion dans l’emploi ». Un déficit d’emploi qui, en plus d’avoir des conséquences négatives durables sur leur trajectoire professionnelle, pèse fortement sur l’activité et les finances publiques.
La note critique également l’actuel système d’accompagnement vers l’emploi de ces jeunes sans qualifications, jugé « défaillant ». Il n’y existe en effet « aucun dispositif obligatoire et spécifique qui contraindrait le service public de l’emploi à agir en faveur des jeunes demandeurs d’emploi sans qualification et qui inciterait fortement ces derniers à reprendre des études, un apprentissage ou une formation. » Si les missions locales travaillent sur la question, leur accompagnement serait, selon cette note, insuffisant. Les jeunes concernés s’y rendraient trop peu et les entretiens seraient trop peu nombreux pour « établir une relation de confiance ». Les auteurs affirment donc qu’il est « urgent de donner au service public de l’emploi les moyens de prendre en charge de manière ciblée et intensive les jeunes laissés pour compte. » Plus précisément, il s’agirait de ramener à 30 le nombre de jeunes accompagnés par conseiller, au lieu de 100 aujourd’hui, et de faire intervenir, en plus des missions locales et associations, des prestataires extérieurs.
Vers un RSA pour les jeunes
Autre proposition : la création d’un RSA jeune, conditionné à un accompagnement intensif vers l’emploi, et la formation. « En réservant le RSA aux personnes de 25 ans et plus, la France fait figure de quasi-exception au sein des pays européens. » Résultat : la moitié des jeunes de 15 à 25 ans figure parmi les 20 % les plus pauvres. Une lacune que le gouvernement pourrait combler avec la création d’une « garantie jeunes » annoncée par le gouvernement qui vise à inscrire 100 000 jeunes NEET en situation de pauvreté dans un parcours contractualisé d’accès à l’emploi ou à la formation. La note insiste cependant sur le caractère crucial d’un accompagnement digne de ce nom, visant à redonner confiance et à motiver le jeune lors de toutes les étapes de la recherche d’un emploi, mais aussi pour l’aider à trouver des solutions de logement, et de contrôler sa participation à tous les dispositifs. Un véritable rôle de « coaching », que pourraient selon les rédacteurs remplir les conseillers Pôle emploi et ceux des missions locales.
Audrey Minart – Lesinfluences.fr
« L’emploi des jeunes peu qualifiés en France », Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo et Klaus F. Zimmermann, Conseil d’Analyse Economique, n°4, avril 2013.