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Lundi 14 Janvier 2013

L’Etat veut réfléchir (mieux) à l’emploi

Le Rapport Moreau remis au Premier ministre suggère des pistes pour mieux armer intellectuellement la réflexion et la décision publique, notamment en matière de prospective des métiers et des nouvelles qualifications.

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Pour le citoyen profane, l’information était beaucoup moins importante que les fêtes de fin d’année à préparer. Mais il s’agit là d’une petite révolution intellectuelle. Comment réfléchit un Etat et ses multiples services ? De quelle qualité de travail de veille, d’information et de réflexion bénéficie-t-il afin de pouvoir décider ?
 
Le 4 décembre, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault s’est vu remettre le rapport dit-Moreau et ses 80 pages de propositions. Le document tente de répondre à ces questions stratégiques. Sous l’égide de Yannick Moreau, Présidente de section au Conseil d’Etat, un aréopage de commis de l’Etat et d’intellectuels (Marion
Guillou, Philippe Aghion, Pierre Rosanvallon, Henri Rouilleault et Louis Schweitzer) ont réfléchi à l’instauration d’un « Commissariat général à la stratégie et à la prospective ».
 
A l’heure actuelle, le travail de veille et de réflexion est réalisé par le Centre d’Analyse Stratégique (CAS). Doté de dizaines de chercheurs en sciences économiques et sociales, et dépendant de Matignon, il remplace le mythologique Commissariat au Plan fondé en 1949 pour accompagner le plan Marshall et l’organisation d’un pays affaibli par la guerre, et finalement supprimé en 2006. Ni neutre, ni nul, le CAS a produit des études de qualité, notamment sociétales. Il bénéficie d’un réseau d’expertise où chaque observatoire d’Etat joue sa partition : Conseil d’Analyse Economique (CAE), Conseil d’Orientation pour l’Emploi (COE), Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales (CEPII), Haut Conseil à l’Intégration (HCI) et le petit dernier, Conseil d’analyse de la société.
 
Mais le CAS ne se trouve pas impliqué dans les grandes réformes. Or le commissariat théorisé a vocation à son tour de devenir bien plus qu’un nouveau think tank de Matignon. Au-delà du lieu d’experts, il incarnerait également une instance du « déminage démocratique », sachant s’ouvrir et prendre en compte les acteurs les plus variés de la société. Dans les travaux pratiques de cet organisme, on envisagerait quelques travaux d’Hercule ambitieux tels que « repenser le modèle productif français dans la troisième révolution Industrielle » ou « retisser le lien social », « refonder le contrat territorial », ou encore « penser la transition écologique imposée notamment par le changement climatique ».
 
Du « déminage démocratique » et une « meilleure anticipation des besoins »
 
Dans les priorités définies par le rapport, l’emploi a toute sa place et même le droit à un traitement spécial. Non seulement, l’actuel Conseil d’Orientation pour l’Emploi est appelé à être maintenu, mais celui-ci devrait bénéficier des conditions d’une expertise de qualité impulsée par ce Commissariat au Plan nouvelle version. Ainsi, il faudrait constituer un réseau d’observation et de prospective des emplois et des compétences. « Une meilleure anticipation des besoins en compétences, en lien avec les transformations de l’économie, est une nécessité pour permettre, d’une part aux acteurs publics de faire des choix éclairés en matière de politique de l’emploi et de formation, d’autre part aux entreprises et aux personnes de tenir compte de ces transformations. L’importance de cette participation, qui est partagée par l’Etat, les régions et les partenaires sociaux, a notamment été réaffirmée par le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi. »
 
« Infobésité » et manque de mise en cohérence de l’information
 
A l’heure actuelle, le CAS assure le secrétariat du groupe interministériel « Prospective des Métiers et des Qualifications », tandis que la majeure partie des branches professionnelles animent leurs observatoires prospectifs et que les Conseils Régionaux sont dotés eux aussi des observatoires régionaux emploi-formation. Bref, une saturation d’informations de qualité, qui friserait même « l’infobésité ». Alors, qu’est ce qui pêche devant une telle débauche de palpeurs et veilleurs ? « Ces différents travaux ne sont pas mis en cohérence entre eux, ce qui limite l’efficacité de la démarche » regrette le rapport.
 
Le nouveau Commissariat, lui, pourrait s’incarner comme l’animateur d’un réseau d’observations et de prospective des emplois et des qualifications, rassemblant tous ces acteurs variés. « Il participerait ainsi à la construction d’un cadre prospectif unifié de moyen terme et favoriserait l’élaboration de diagnostics partagés entre les acteurs et une traduction dans les décisions opérationnelles, tant au niveau national qu’au niveau des territoires » décrivent les rédacteurs du rapport. Autre élément important : un tel commissariat se trouverait alors en mesure de constituer un puissant outil de veille et d’alerte sur les professions à risque et sur les professions risquant de connaître des difficultés de recrutement, ainsi que « sur les démarches en matière d’orientation scolaire et professionnelle. »
 
Ce rapport met l’accent sur un aspect essentiel de l’art de gouverner au XXIe  siècle : non seulement il n’est pas du tout ringard de prévoir ou de s’y efforcer, mais il est urgent de réfléchir en apprenant à varier et relier les informations. Les réflexions  d’aujourd’hui, même en germe, peuvent être les emplois de demain : bref, investissez dans les idées.
 
Emmanuel Lemieux Lesinfluences.fr

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