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Vendredi 22 Mars 2013

Repérer les talents féminins : « une question d’intelligence collective »

Anne Guillaumat de Blignières conseille sa direction en matière de parité et de promotion des femmes dans le monde feutré de la Caisse des dépôts.

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Conseillère du comité de direction du groupe Caisse des Dépôts, Anne Guillaumat de Blignières occupe une place de choix pour la promotion de l’égalité professionnelle. Elle est notamment, depuis 2010, la fondatrice et responsable de la « Promotion femme et parité » du groupe. Avant cela, elle participait à la gestion des carrières des cadres dirigeants du groupe. Cette expérience lui valut d’ailleurs quelques crispations. Comme cette tendance très paternaliste à saluer, lors de l’examen de candidatures, le fait qu’une de ces dirigeantes soit « très souriante ». « On aurait jamais formulé un tel compliment pour un homme… Cela m’agaçait un peu et lorsque j’en faisais la remarque, on me considérait alors comme une « féministe qui s’ignorait ». » Aujourd’hui elle préside « Alter Egales », le réseau des femmes cadress du groupe, et co-préside «  Financi’Elles », une fédération de réseaux du même ordre, dans le secteur banques, finances et assurances.
 
Emploiparlonsnet : En quoi consiste la « Promotion femme et parité » au sein de la Caisse des Dépôts ?
Anne Guillaumat de Blignières : C’est un outil que j’ai créé en 2010, et qui s’appuie sur plusieurs leviers. Tout d’abord, la création d’un « Observatoire de la mixité », afin d’établir des statistiques sur le nombre d’hommes et de femmes en fonction des niveaux hiérarchiques. Nous nous appuyons notamment sur des outils développés dans le cadre de la fédération de réseaux de femmes dans le secteur de la finance, « Financi’Elles », qui regroupe des entreprises telles que la BNP Paribas, ou encore la Société Générale. Nous avons réalisé que nous avions beaucoup à partager, et que nous gagnerions à utiliser des outils en commun. Par ailleurs, au sein de la Caisse des Dépôts, il a été décidé sous l’impulsion du directeur général, Jean-Pierre Jouyet, qu’en 2013 20 % des mandataires sociaux seraient des femmes. Nous sommes donc autour des 23/24 % aujourd’hui. Prochain objectif : atteindre 40 % à l’horizon 2016, année des 200 ans de la Caisse des Dépôts. Autre levier : le réseau de femmes cadres « Alter Egales », où les hommes sont également les bienvenus, qui existe depuis novembre 2011 et compte aujourd’hui 1 400 membres. Le but est de permettre aux femmes de s’entraider, et nous y organisons également des formations au poste de mandataire social. Aujourd’hui elles les demandent d’elles-mêmes, ce qu’elles ne faisaient pas naturellement avant. Enfin, au sein du groupe, deux viviers de talents sur les hauts potentiels ont été mis en place, l’un pour les 27 à 37 ans, et l’autre pour les plus de 37 ans. Ces promotions sont à parité égale, c’est-à-dire que nous demandons à ce que l’on nous envoie autant de femmes que d’hommes.

EPN : En termes d’égalité homme-femme, quelles sont les caractéristiques de votre secteur ?
A. G. de B. :Nous constatons une très forte présence des femmes parmi les cadres, mais celle-ci décroît au fur et à mesure que l’on s’approche des postes de direction… (Cf. « Le poisson » en page 5). Elles sont pourtant de plus en plus nombreuses dans les formations… Mais aux alentours de 35 ans, ce qui correspond à peu près à l’âge de la maternité, elle « disparaissent ». Contrairement à celles des hommes, les carrières des femmes ne sont pas linéaires, mais fonctionnent plutôt par paliers. C’est pourquoi nous recommandons une certaine vigilance. Il faut apprendre à gérer des carrières qui ne ressemblent à celles des hommes. Celles-ci doivent également apprendre à revendiquer davantage, et à gagner en « assertivité ». Nous les poussons à cela. Mais attention : nous voulons baser la légitimité des femmes sur leurs compétences, et non sur leur genre, c’est d’ailleurs pour cela que nous mettons en place des formations au poste de mandataire social. C’est nécessaire pour gagner en crédibilité.

EPN : Pensez-vous que les hommes, qui occupent le plus souvent les postes de direction et qui décident de l’avancement des carrières, soient suffisamment informés ?
A. G. de B. :Dans le cadre de Financi’Elles, nous avons mené fin 2011 une consultation auprès de 86 000 cadres, hommes comme femmes, dans nos entreprises. Il s’avère que 80 % des hommes pensent que les femmes bénéficient suffisamment des dispositifs mis en place en leur faveur. Ces dernières ne sont que 15 % à le penser... Il est pourtant important qu’ils comprennent bien ce qu’il se passe. Par ailleurs, la promotion des femmes ne profitent pas qu’à elles. Les prendre davantage en compte peut constituer une véritable valeur ajoutée pour l’entreprise… qui se met en position de repérer tous les talents. Cela peut permettre de trouver d’autres idées et solutions dans un contexte de crise. Une question d’« intelligence collective ».

Audrey MinartLesinfluences.fr

Pour aller plus loin :
Financi’Elles : http://www.financielles.org/index.html
Réseau « Alter Egales » de la Caisse des Dépôts : https://www.alter-egales.fr/

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