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Vendredi 04 Mai 2012

« Mesurer la vraie valeur de l’entreprise »

Le délégué général de l’association « Entreprise et Progrès », Hervé Gourio, explique pourquoi il est nécessaire de redéfinir la valeur entrepreneuriale, au-delà des seuls critères financiers.

photo Hervé Gourio.jpg

EPN : Vous venez de publier un document prônant une nouvelle approche de la valeur de l’entreprise. Pourquoi cette démarche ?
Hervé Gourio : La valeur d’une entreprise, telle qu’elle est mesurée aujourd’hui, est insuffisante et inexacte à beaucoup d’égards. Tout d’abord parce qu’elle est essentiellement définie par un cours de Bourse ou une valorisation financière, et donc déterminée par des variables macro-économiques. En cas de cession, ces variables sont étroitement liées à l’appréciation du vendeur et de l’acheteur.
Cette valeur, dite de marché, s’adresse surtout aux actionnaires et donne une représentation de l’entreprise circonstancielle et conjoncturelle. Elle se mesure en fonction de la performance à un instant donné, sur laquelle on tente d’accoler des projections quant à sa future rentabilité, dans une démarche spéculative qui néglige la valeur à long terme. Cette méthode de valorisation incite les dirigeants et les actionnaires à prendre des décisions dont l’impact se mesure par une augmentation de la rentabilité à court terme.
Or la valeur d’une entreprise dépend de bien d’autres critères que la seule approche financière au regard des transactions.
 

EPN : Quels sont les critères qui participent de cette valeur entrepreneuriale ?
HG : Lorsque nous avons cherché à définir les éléments constitutifs de cette valeur, notre parti pris a été de ne pas imposer un correctif à la valeur financière, mais d’introduire dans ce débat des critères différents, en prenant en compte de façon parallèle d’autres composants de la valeur entrepreneuriale. Nous avons ainsi défini quatre groupes qui participent à la valeur et la pérennité de l’entreprise. Premièrement : le capital humain, c’est-à-dire le fait que l’entreprise, de par son fonctionnement, accroît les savoir-faire et les compétences de ses collaborateurs. Ensuite, l’impact sur les relations avec les clients et les fournisseurs et le fait de développer des liens performants, qui permettent l’enrichissement de toutes les parties. Troisièmement, les externalités positives ou négatives sur l’environnement, comme par exemple une démarche de développement durable. Enfin, des éléments impalpables, plus complexes à cerner, comme par exemple la culture d’entreprise. Car je pense fondamentalement qu’il existe des entreprises qui ont une âme, et d’autres non.
 

EPN : Comment peut-on appréhender ces éléments dans la valeur de l’entreprise ?
HG : Notre approche – originale – repose sur le principe suivant : il n’est pas question d’établir des grilles universelles à l’aune desquelles on va « peser » l’entreprise. Nous pensons qu’il incombe au management de chaque entreprise de définir une dizaine de critères considérés comme importants pour la survie à long terme de la société. Il est important de mettre en place un suivi de ces critères sur plusieurs années, même si certains peuvent évoluer en fonction de l’actualité de l’entreprise.
 

EPN : A quoi cette démarche peut-elle servir ?
HG : Elle permet tout d’abord d’expliciter plus clairement les processus de décision et pour cela, la vision de ces critères en tant qu’éléments de performance, doit être partagée. Ces critères peuvent également être utilisés dans le cadre des relations sociales au sein de l’entreprise. Souvent, les salariés font preuve d’un attachement plus grand à leur entreprise que les managers ou les actionnaires, qui ne font que « passer ». La valeur entrepreneuriale, en tant que vision à long terme, peut permettre de rapprocher les objectifs des salariés et ceux de l’entreprise. Elle peut également redéfinir l’octroi de certains modes de rémunération des dirigeants.
 

EPN : Comment pensez-vous que cette approche puisse se diffuser dans les entreprises ?
HG : Lors de nos groupes de travail, qui ont rassemblé un certain nombre de dirigeants, la plupart des patrons disaient prendre en compte intuitivement certains de ces critères dans l’appréciation de leur entreprise mais ne l’explicitaient pas toujours. La prise de conscience existe mais il est nécessaire aujourd’hui que les managers puissent exprimer ces non-dits dans le cadre des conseils d’administration et les rendre publics. Notre ambition est de voir cette notion de valeur entrepreneuriale devenir un objet d’études, de réflexion, afin que les entreprises se l’approprient et l’appliquent dans la durée.
 

Pascale Colisson Lesinfluences.fr
Association de dirigeants créée en 1970, Entreprise et Progrès a pour vocation d’être un lieu d’échanges et de réflexion visant à concilier l’économique et le social, associer la performance et l’humanisme dans l’entreprise.

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