
EPN - Le Cese a publié de nombreux rapports en 2011, qui concernent de près ou de loin les questions de l’emploi… Quels constats pour quelles pistes ?
F.G - Parmi les récents travaux du Cese, on peut en effet citer « Pôle emploi et la réforme du service public de l’emploi » (juin 2011), « Les enjeux du G20 » et « Les inégalités à l’école » (septembre 2011)… autant de thèmes apparemment très éloignés et qui ont tous un impact sur l’emploi.
En ce qui concerne notre rapport sur Pôle emploi, acteur majeur de l’insertion professionnelle, nous avons fait un certain nombre de recommandations, en particulier sur les moyens humains affectés à notre service public de l’emploi, très insuffisants en regard d’autres pays, comme l’Allemagne. Autre débat récurrent, que nous mettons en avant dans plusieurs rapports : il nous semble primordial aujourd’hui de mettre l’accent sur les métiers en tension, pour lesquels il existe une vraie demande et dans lesquels les demandeurs d’emploi sont réticents à s’engager. Je pense notamment au BTP, secteur qui cherche à attirer des candidats, mais dont les conditions de travail et les salaires proposés constituent des points de blocage. Or, dans la tête des salariés, la pénibilité doit se traduire en rémunération.
EPN - Vous insistez également sur la nécessité d’une formation professionnelle adaptée.
F.G- Des métiers en tension trouvent des candidats, lorsqu’une politique efficace de reconversion est menée. Une formation diplômante ou qualifiante bien ciblée permet à un demandeur d’emploi de changer de métiers ou de branche. Or à l’heure actuelle, les rouages de la formation professionnelle sont si opaques que les principaux intéressés ne savent pas toujours à quelle porte frapper. Un parcours du combattant rendu encore plus compliqué pendant la crise, du fait de l’amoindrissement des moyens reversés au titre de la formation.
Aujourd’hui, il est primordial de faire de cet outil de formation un véritable levier de transition pour permettre une réelle reconversion. Cela nécessite de favoriser une coordination au plus proche des territoires, entre la Région, le service public de l’emploi et les organismes de formation, avec un pilote aux manettes. A la section Travail du Cese, nous allons consacrer cette fin d’année à dresser le bilan des lois de 1971 et 2009 sur la formation professionnelle pour proposer des pistes d’amélioration. Toutes les auditions que nous menons confortent l’idée d’une politique de formation plus territorialisée, accessible à toutes les catégories et non, comme le montrent toujours les chiffres, aux personnes déjà les plus formées.
EPN - Au-delà de la formation, comment conjuguer compétitivité des entreprises et politique de l’emploi ?
F.G- Ces deux approches sont interdépendantes. Il n’y a pas de politique d’emploi efficace sans compétitivité des entreprises. Une des clés selon moi repose sur l’investissement en recherche et développement, couplé à la préservation de l’environnement. Ce qui exige volontarisme et engagement financier.
La syndicaliste que je suis, pense qu’il est nécessaire de réfléchir à d’autres pistes, du côté des exonérations fiscales et en particulier des heures supplémentaires. Elles ont représenté 180 millions d’euros au premier semestre 2010, l’équivalent de 400 000 emplois annuels. Une politique peu justifiable au regard du nombre croissant de personnes au chômage.
Quant au discours des entreprises sur le coût social trop élevé du travail, il est intéressant de constater que ce coût est plus important dans certains pays nordiques, qui prennent en considération d’autres critères ; en France, nous avons la meilleure productivité au monde, et cela aussi, ça a un coût.
La question se pose également de trouver des ressources nouvelles en matière de fiscalité, comme alléger la TVA afin que les revenus les plus modestes ne fassent pas les frais de cette imposition. En ce qui concerne la TVA sociale, sujet sur lequel plusieurs écoles s’affrontent, le Cese n’a pas soutenu cette proposition, estimant qu’en l’absence de consensus, elle ne constitue pas une réponse satisfaisante.
Pascale Colisson– Les influences.fr