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Vendredi 27 Mai 2011

Conférence mondiale : Le défi des pays émergents, lutter contre l’économie informelle

Cristina Terra, économiste au CEPII, évoque les enjeux des pays émergents pour promouvoir l’emploi dans une économie formelle

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C’est un fait, la crise qui a secoué le monde ces deux dernières années a impacté beaucoup plus lourdement les pays développés que les pays émergents, qui ont renoué très rapidement avec une croissance équivalente à celle d’avant 2008. « Mais la question se pose aujourd’hui pour eux de savoir comment protéger leurs salariés face à une volatilité économique importante, explique Cristina Terra, économiste au CEPII (Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales).

Pour cela, deux possibilités s’offrent à eux : soit opter pour une protection de l’emploi garanti par un code du travail restrictif ; soit choisir une politique de protection qui s’apparente à notre assurance chômage. »Jusqu’à présent, les pays en développement se sont plutôt engagés dans la première voie, à l’image du Brésil ou du Vietnam, pour ne citer qu’eux. Or la deuxième voie, qui consiste à couvrir tous les salariés en imposant une contribution tant aux salariés qu’aux employeurs et en permettant d’avoir accès à une indemnisation chômage proportionnelle à ses revenus, se révèle être une politique efficace pour garantir le pouvoir d’achat et préserver l’économie. Par contre, dans les pays concernés par ce système, on constate que le temps du retour à l’emploi est plus long.
 

Une économie prédominante
 
« Dans les pays industrialisés, soit on a un emploi, soit on cherche un emploi et on ne travaille pas, remarque Cristina Terra, alors que dans les pays émergents, le secteur informel – qui ne contribue pas à l’effort commun dans le cadre des impôts et ne respecte pas toutes les réglementations – est prédominant. Il pèse entre 30% et 70% en Amérique du Sud, 40% pour le Brésil. Alors qu’il représente en moyenne 15% de l’économie dans les pays de l’OCDE. Conséquence : l’assurance sociale ne couvre qu’une partie du travail. Par exemple, en Corée, cette part s’élève à 47%. »

Un salarié qui perd son emploi dans l’économie formelle connaît de grandes difficultés à retrouver un poste « légal » : 20% seulement dans les six mois, selon Cristina Terra, et moins de 45% à l’horizon d’une année. En raison de la faiblesse de la protection sociale, ceux qui perdent leur emploi, n’ont pas les moyens de ne pas travailler et basculent plus ou moins partiellement dans l’économie informelle.
 
 « Les pays émergents doivent réfléchir aux meilleurs moyens d’adapter leur législation concernant la protection sociale, affirme Cristina Terra. L’assurance-chômage pourrait inclure pour partie une auto-assurance, financée sur ses revenus personnels. Il est également nécessaire de simplifier les conditions d’éligibilité à un système unique, de lutter contre la corruption et d’impliquer les politiques qui, en cherchant à protéger le secteur informel, laissent de côté une grande partie des travailleurs. » Véritable réforme sociale à grande échelle ou petite cuillère trouée pour vider un océan de précarité ?
 
Pascale Colisson www.lesinfluences.fr

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